Entretien avec le président

L’année 2025 a vu s’affirmer des positions claires. Andrea Galli et Livia Brahier évoquent les enjeux de la représentation politique, la visibilité croissante du secteur de l’ingénierie et la mobilisation des membres comme ambassadeurs.

Andrea, quel regard portez-vous sur l’année écoulée? Qu’est-ce qui a, selon vous, particulièrement marqué l’association?

  • L’année a été caractérisée par des orientations nettes. D’une part, suisse.ing a consolidé son positionnement sur le fond – aux niveaux technique, politique et international. D’autre part, l’importance de la visibilité s’est imposée avec davantage d’évidence encore, tant pour l’association que pour ses membres et l’image même de la profession. Ces deux dimensions se sont nourries l’une l’autre.

La durabilité est, on le sait, un enjeu majeur. suisse.ing a-t-elle initié de nouvelles actions pour renforcer son engagement en la matière?

  • Pour nous, la durabilité ne se limite pas à l’écologie, elle englobe également des dimensions sociales et économiques. En 2024, nous avons par exemple créé l’équipe Projets durables, qui travaille actuellement à l’élaboration de propositions concrètes. Cette thématique a d’ailleurs occupé une place de choix lors de notre Conférence des CEO en novembre. Dans le même temps, nous veillons à ce que nos membres disposent des outils et des ressources nécessaires pour intégrer ces objectifs dans leurs projets. En parallèle, nous avons pris position à l’échelle politique afin de sensibiliser les cercles concernés à l’importance de solutions ingénieuriales durables et d’orienter les décisions publiques dans la bonne direction.

     

    Notre «tour de Suisse», qui fait étape dans les différentes régions, a été reconduit cette année et se poursuivra en 2026. Les rencontres sur le terrain ont permis de cerner les problématiques et les préoccupations régionales, révélant notamment un intérêt accru pour une présence renforcée en Suisse romande, ainsi que la volonté d’intensifier l’engagement politique à l’échelon national de sorte à assurer un volume de mandats stable. Par ailleurs, ces constats ont mis en lumière des lacunes en matière de coordination dans le domaine des appels d’offres communaux, où subsiste un besoin marqué de formation compte tenu des nouvelles exigences légales.

Quelles évolutions vous ont-elles semblé les plus encourageantes?

  • Une nouvelle dynamique se dessine parmi les membres. Nombre d’entre eux s’affirment avec plus d’assurance, partagent leurs projets, leurs positions et des aperçus de leur quotidien professionnel. Cette prise de parole améliore la perception de la branche. Ce qui compte n’est pas la perfection, mais l’authenticité: en dévoilant leur réalité, les membres donnent corps à nos professions. Les témoignages issus des bureaux, des chantiers ou des équipes de projet montrent les prestations concrètes des ingénieurs – et soulignent en quoi leur travail revêt une portée sociétale.

     

    Parallèlement, la fonction de représentation des intérêts politiques a encore été affinée. L’échange régulier avec des interlocuteurs tels que la Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics (KBOB), Constructionsuisse, les Chemins de fer fédéraux (CFF) ou l’Office fédéral des routes (OFROU) est essentiel, en particulier sur les questions de marchés publics, de culture d’adjudication et de conditions-cadres politiques. À ce titre, notre engagement contre l’allongement des délais de paiement décidés par les CFF mérite d’être mentionné, ces pratiques affectant de plus en plus les conditions-cadres et la compétitivité helvétique. Bien que la démarche n’ait pas permis, en l’occurrence, d’infléchir la décision, la situation continue d’être suivie de près et fait l’objet d’un dialogue soutenu avec les parties prenantes, afin d’explorer des pistes permettant d’en atténuer les effets. Ce travail s’effectue souvent en arrière-plan, mais il s’avère efficace et participe au renforcement pérenne de la branche.

Au-delà du cadre national, comment suisse.ing s’inscrit-elle dans les dynamiques internationales?

  • Des plates-formes internationales comme la Fédération internationale des ingénieurs-conseils (FIDIC) ou la Fédération européenne des associations de conseil en ingénierie (EFCA) font office de références de premier plan. La présence de suisse.ing au sein de ces instances ne relève pas d’une fin en soi, mais traduit une exigence: penser hors du seul cadre national et appréhender en amont les évolutions susceptibles de concerner également notre pays. Le regard porté au-delà des frontières élargit les perspectives, favorise les comparaisons et stimule l’innovation.

     

    Ces organes offrent par ailleurs l’opportunité de faire valoir des positions suisses et de rendre visible notre expertise en ingénierie, même si un potentiel subsiste encore à cet égard. Des thématiques telles que la reconstruction de l’Ukraine illustrent la nécessité d’une réflexion internationale à long terme, y compris lorsque des contributions opérationnelles concrètes ne deviennent possibles qu’à un stade ultérieur.

Quelle articulation voyez-vous entre la formation et la promotion de la relève?

  • Ces deux volets convergent vers une même ambition: affermir la professionnalité et la viabilité de la branche. Le projet Engineers@School éveille très tôt l’intérêt pour les métiers de l’ingénierie, tandis que la collaboration avec les hautes écoles et les hautes écoles spécialisées garantit une solide formation de base et le transfert des savoirs. Des formats comme les certificats d’études avancées (CAS) contribuent en outre au développement des compétences des collaborateurs. Il est déterminant d’ancrer étroitement ces dispositifs auprès de nos membres: ceux-ci connaissent les besoins du secteur et constituent les ambassadrices et ambassadeurs les plus crédibles.

À l’horizon des prochaines années, quel rôle suisse.ing est-elle appelée à jouer?

  • Celui d’une voix claire pour la branche. La visibilité ne peut se limiter à des moments ponctuels: il s’agit de montrer en permanence l’apport des ingénieurs – dans les projets, la formation et l’espace public. Parallèlement, suisse.ing se conçoit comme une force fédératrice, capable d’anticiper précocement les grands enjeux à venir et de les faire progresser de concert avec les acteurs concernés.

     

    Cette approche suppose en particulier une concertation étroite avec les institutions d’assurance, dans un contexte où la couverture des grands projets d’infrastructure devient toujours plus complexe. Elle implique également un partenariat approfondi avec les institutions de formation, afin de contribuer aux réflexions sur les besoins futurs en compétences et en profils professionnels. L’objectif est de répondre aux attentes de nos entreprises membres et d’asseoir durablement la légitimité de la branche de l’ingénierie pour la politique, l’enseignement et la société.